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Le congé de paternité est appelé à augmenter au CANADA.

Jacinthe Tremblay 

En Norvège, huit hommes sur 10 prennent un congé de paternité. Au Canada, c'est un sur 10. Le nouveau régime de congés parentaux québécois risque fort de faire grimper ce pourcentage.


Dans quelques semaines, Jean-Philippe Leclerc mettra en sourdine pendant six mois son travail d'ingénieur en électronique chez Mindready pour s'occuper à temps plein de son poupon Arto.

Il partagera la tâche pendant un mois avec sa conjointe Isabelle, qui retournera ensuite au travail. Les cinq autres mois, il sera seul avec son fils.

Il envisage avec bonheur de s'occuper de la maison, de mijoter de bons repas chauds et de faire de grandes ballades dans la nature avec Arto.

«Je veux tisser des liens et triper avec lui. C'est important de voir mon enfant grandir. Quand il ira à la garderie, je ne le verrai presque plus», dit-il.

Cédric Orvoine, responsable des relations publiques chez Ubisoft, est déjà rendu à l'étape des départs rapides en fin de journée pour aller chercher Loïc-Pierre à la garderie. Mais il a encore frais en mémoire les moments privilégiés vécus avec son fils pendant les cinq semaines de son congé de paternité, il y a trois ans.

«Cinq semaines, ça ne fait pas de moi un héros. Plusieurs de mes amis ont pris deux, quatre mois et même un an», dit-il.

Selon ces deux papas, un vent favorable aux congés de paternité s'élève au sein de la gent masculine. Le nouveau régime québécois qui entrera en vigueur en janvier donnera plus de moyens à cette volonté.

Un vrai congé de paternité

Sous le régime fédéral actuel, les prestations hebdomadaires maximales sont de 413 $. Avec le régime québécois, elles pourront atteindre jusqu'à 830 $

«Actuellement, les parents qui n'ont pas accès à des prestations supplémentaires de leur employeur doivent pratiquement adhérer à la simplicité volontaire lorsqu'ils prennent un congé», note le sociologue Jean-Philippe Pleau, qui a consacré sa maîtrise à la conciliation travail-famille chez les jeunes pères.

Selon Statistique Canada, seulement 20% des parents - en majorité les mères - recevaient de telles prestations en 2001.

Jean-Philippe Pleau croit cependant que l'innovation qui aura le plus d'impact pour la participation des pères est l'introduction d'un congé de paternité non transférable.

«Jusqu'à maintenant, les hommes qui voulaient prendre un congé devaient emprunter du temps de la mère. Le régime québécois instaure un véritable congé de paternité de trois à cinq semaines. Si les hommes ne le prennent pas, ils vont le perdre», explique-t-il.

Vont-ils le prendre en plus grand nombre ? «Le rôle des employeurs et des collègues sera très important. Plusieurs hommes qui prennent leurs responsabilités parentales se font encore railler dans les organisations», note M. Pleau.

Le sociologue croit également que le taux de participation dépendra de la promotion qui entourera l'arrivée du nouveau régime. Certains indices laissent croire que le mot passera haut et fort dans les entreprises, malgré la grogne des patrons sur la hausse des cotisations.

Ainsi, près de 1000 membres de l'Ordre des conseillers en ressources humaines et en relations industrielles agréés du Québec participent ces jours-ci à des séances d'information sur le nouveau régime. Par ailleurs, l'information sur le programme est déjà disponible au www.rqap.qc.ca.

Un bond énorme

Katherine Marshall, de la division de l'Analyse des enquêtes auprès des ménages et sur le travail à Statistique Canada, s'intéresse particulièrement aux congés parentaux.

En 2001, elle a consacré au comportement des pères une section de son rapport sur L'avantage du congé parental prolongé.

«Entre 2000 et 2001, la participation des pères aux congés parentaux est passée de 3 à 10%. C'est énorme ! C'est beaucoup plus que sept points de pourcentage, c'est une tendance !», insiste-t-elle.

Selon Mme Marshall, deux facteurs expliquaient cette hausse: l'augmentation de 25 semaines de la durée des congés parentaux et l'abolition du délai de carence de deux semaines pour les pères.

«Quand la durée du congé parental est plus longue, les mères sont plus disposées à le partager avec le père», précise-t-elle.

Avec le bond de 2001, le Canada a atteint un niveau similaire aux Pays-Bas et au Danemark, mais il était encore loin derrière la Norvège (80%) et la Suède (36%).

Katherine Marshall se promet de suivre avec beaucoup d'attention l'évolution des données québécoises.

«Les pays champions des congés de paternité ont en commun d'avoir accordé aux pères un congé non transférable», rappelle-t-elle.

Pour établir les paramètres du nouveau régime, le Conseil de gestion de l'assurance parentale a prévu que les pères prendraient un congé d'une durée moyenne de quatre semaines et que leurs prestations représenteraient 5 $ de son budget annuel de 1,08 milliards $.

«Nous n'avons pas cherché à prédire un taux de participation des pères au régime. Notre rôle était de nous assurer de disposer des sommes suffisantes pour répondre aux demandes», explique le pdg du Conseil, Denis Latulippe.

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