Biberons, couches, vaisselle: Enrique, 42 ans, est "fier" de son statut de père au foyer, parfois lourd, en tout cas rarissime puisque
le congé parental est pris par les femmes à 98%.
"Ma femme, qui est coiffeuse, part le matin à 8 ou 9 heures, et revient le soir", explique Enrique, en congé depuis 2001
pour Déborah, 17 ans, Luna, quatre ans, et Roman, 2 ans et demi.
Quand les deux filles vont à l'école, Enrique, la quarantaine mince et grisonnante, s'occupe du dernier né: "Je change les
couches, je range, je vais au marché deux fois par semaine", énumère l'ex-gérant d'un restaurant à Paris, qui a aussi été "cadre supérieur dans le prêt-à -porter".
A midi, les trois enfants se retrouvent pour déjeuner dans le quatre-pièces parisien en location: "Le premier jour, j'ai été pris de
panique de peur d'être en retard pour ramener Luna à l'école et pour coucher le petit...".
Depuis, tout est affaire de routine. "Parfois, on a l'impression d'accomplir toujours les mêmes tâches...", avoue l'homme qui
s'investit aussi dans une crèche parentale du XXe arrondissement où il dépose Roman, un jour et demi par semaine.
"Mais les premiers pas, les premiers mots, la première bouillie...Ces choses n'ont pas de prix", se reprend-il. "Je n'ai pas
eu la chance de voir grandir mes grands enfants", Déborah et son frère Pablo, tous deux nés d'une première union (Pablo vit toujours avec sa mère). "A l'époque, j'étais absent 11h à
12h de la maison. Nous avions une nounou à domicile. Je gagnais 18.000 francs nets par mois".
Aujourd'hui, il touche "le congé parental, environ 500 euros, et quelque 400 euros d'aide au logement": "Avec ma femme, on va au
restaurant une fois tous les six mois, au cinéma une fois par an".
A la fin de son congé, au trois ans de Roman, en mai 2006, Enrique risque même de se retrouver au Rmi: "J'envisage une formation de plombier".
Mais il ne regrette pas son choix, pris à la naissance de Luna, une grande prématurée qui ne pesait qu'un kilo.
"Je n'ai pas le sentiment de profiter d'un système", affirme l'homme d'origine espagnol dont le mode de vie surprend l'un de ses oncles
madrilènes de 70 ans. "En bon espagnol, il ne pouvait pas imaginer que son neveu reste à la maison faire le ménage, les courses...Il pense que c'est un boulot de bonnes femmes", explique
Enrique.
L'oncle Julio n'est pas le seul: "Un soir où l'on a emmené Luna à l'hôpital, l'agent d'accueil m'a demandé mon métier. Je lui ai
dit: homme au foyer. Il m'a répondu: ce n'est pas une profession".
De fait, le congé parental au masculin n'est pas entré dans les moeurs. Ils ne concerneraient que 10.000 pères en France, selon les
allocations familiales, soit 2% du total des congés.
La Conférence de la famille devrait adopter une nouvelle option, un congé parental d'un an et mieux rémunéré, au troisième enfant. "Ce
congé-là pourrait attirer les hommes, ce qui serait vraiment un mieux dans l'égalité", a déclaré mardi à Libération la philosophe Dominique Meda.