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Philosophe et sociologue du travail, Dominique Meda explique la logique qui préside à cette réforme du
congé parental.
Ce gouvernement semble avoir adopté la religion «activité des femmes et natalité». Une bonne chose ?
Ils se sont rendu compte que le système actuel de congé parental comportait de gros défauts. Plusieurs études montrent qu'après un arrêt d'activité de trois ans les femmes
retrouvaient des postes moins qualifiés. Ce n'était donc pas une formule attrayante pour de nombreuses personnes. De manière plus large, tout ce que l'on martèle depuis dix ans à propos
du cercle vertueux «taux d'activité et natalité» s'est imposé dans le débat et les esprits. Un récent rapport de l'OCDE («Bébés et employeurs») montre désormais avec certitude que les
pays développés qui ont la plus forte fécondité sont ceux où le taux d'activité des femmes est également le plus élevé. De façon plus fine, il montre que le taux d'activité féminin se
développe là où les dispositifs de conciliation vie familiale-vie professionnelle fonctionnent. Les plus efficaces sont les dispositifs de garde financés par les collectivités. Ce rapport
de l'OCDE est très important car il valide entièrement l'idée progressiste que ce n'est pas parce que les femmes travaillent qu'elles ne font pas d'enfants.
Que pensez-vous de cette réforme-là du congé parental ?
Le raccourcir à une année en le rémunérant proportionnellement aux revenus, c'est bien. L'indemnisation forfaitaire n'attirait pas les femmes diplômées. Ce congé-là pourrait attirer
les hommes, ce qui serait vraiment un mieux dans l'égalité. Certains estiment que un an c'est encore trop, c'est ce qui se fait dans les pays nordiques. Et l'idéal serait que ce nouveau
dispositif se substitue totalement à l'ancien. Mais pour arriver à une égalité complète des taux d'activité féminin et masculin (15 points de différence en France entre hommes et femmes
de 25 et 54 ans), l'OCDE a une autre idée : si on réformait la fiscalité sur le deuxième revenu, autrement dit si on avait une imposition séparée des couples, et que l'on consacrait aux
modes de garde autant d'argent que le Danemark, on obtiendrait en France un taux d'activité égal entre hommes et femmes. Il y a bien sûr un volet nataliste : on mise beaucoup sur
l'arrivée du troisième enfant, un saut plus psychologique que financier. On sait que le coût à partir du troisième enfant est assez bien compensé par les différentes aides
publiques.
C'est une idée féministe... et pragmatique ?
Oui, car elle rentre dans la logique de ce gouvernement de mettre les gens au travail. Il y a un gros réservoir de travailleurs chez les femmes. Le congé parental obéit à une autre
logique, il retire quand même du monde du travail des femmes en grande majorité.
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